Paroles d'habitants sculpteurs

LE LIEN, LE QUARTIER

 
Jean-Marc DEMARCQ nous a proposé comme thème pour cet atelier : « LE LIEN », le passage entre l’ancien quartier des Bois-Blancs et le nouveau quartier qui tend à se former.

En effet, notre quartier change de visage, des usines, des bâtiments sont démolis, d’autres sont rénovés et d’autres encore sont en construction.

 
Utiliser cette métamorphose comme thématique pour le façonnage de la terre focalise notre imaginaire et stimule la créativité.

Ce thème n’a été en rien un obstacle à notre liberté de créer. Bien au contraire, important et fort aux yeux de chacun, ce temps de passage entre notre environnement quotidien et les projets architecturaux futurs nous touche personnellement et a favorisé l’investissement artistique de chacun.

 
Quelques-uns d’entre nous ont fait le choix de sculpter des mains qui s’entrelacent et se soutiennent de multiples façons.

Ce choix symbolise l’accompagnement des habitants du quartier dans les projets de transformation de ce « village urbain » que sont les Bois-Blancs.

 
D’autres participants à l’atelier ont décidé de façonner dans la terre un couple formé d’un homme et d’une femme pour imager la complicité entre les anciens et les nouveaux acteurs.

Beaucoup, d’entre nous, pensent que malgré l’avenir technologique des Bois-Blancs avec EURATECHNOLOGIES, il ne faut pas oublier le passé industriel de nos jours. Nous avons un devoir de mémoire face à toutes ces usines de textile qui ont pendant des années, orné nos trottoirs et alimenté nos familles. Dans cette mutation actuelle, deux générations d’habitants se croisent et c’est aujourd’hui que nous devons nous donner la main. Car ce quartier, ce petit village, ce coin de Lille, nous est cher.

 
Ces quelques rues et canaux qui composent les Bois-Blancs font partie de l’identité de chacun de ses habitants. Leur modification et leur évolution engendrent inévitablement des répercussions sur les personnes. C’est pourquoi le nouveau quartier doit prendre en considération l’histoire et le vécu de ce qu’ont été les  Bois-Blancs. En contrepartie, l’ancien quartier doit offrir en héritage son expérience au futur « Bois-Blancs » qui va prendre son envol tout en s’inscrivant dans une filiation avec les lieux existants.


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LA TERRE

 

Le travail de la terre a été une véritable découverte pour la plupart d’entre nous.

Même si certains s’étaient déjà amusés à modeler la terre argileuse des bords du canal pour fabriquer des petites sculptures spontanées, la sensation n’est pas la même.

 

Matériau malléable, docile mais exigeant, la terre incarne pour certains une envie lointaine de la façonner et pour d’autres, une première expérience.

 

Notre premier « face-à-face » avec le bloc de terre a intimidé plusieurs d’entre nous et beaucoup se sont posés les questions suivantes : « Comment je vais faire ? », « Comment les artistes font-ils pour donner autant de formes à partir de rien ? »…

 

Mais une fois les mains dans la terre, le contact tactile laisse aller la magie de la création et nous donne le pouvoir presque divin de créer un corps de la tête aux pieds. La peur de ne pas savoir faire, laisse alors la place au besoin qui s’éveille en nous de donner vie à quelque chose qui n’existe pas.

 

Le façonnage de la terre nous encourage ainsi à assumer, à être et à rester ce que nous sommes réellement. Il révèle ce qu’il y a de plus profond en nous : NOTRE PERSONNALITE.

 

La terre donne l’impression de vivre car d’une semaine à l’autre, alors que nos sculptures attendent patiemment notre venue, elles changent de couleur, elles s’affaissent ou s’étirent, en bref elles se sculptent elles-mêmes.

 

La terre, le temps de son modelage, est comme notre quartier, c'est-à-dire en mutation et tant qu’elle n’est pas cuite, on peut toujours la modeler.


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L’ATELIER

 Un atelier d’art comme celui auquel nous avons participé, favorise les rencontres et permet une meilleure intégration au sein d’un groupe, d’un quartier ou d’une ville.

 
Cet atelier nous a permis de nous découvrir entre voisins, nous retrouver et nous apprécier autour d’une pratique artistique.

 
Et même si la sculpture de la terre semble être un exercice solitaire et individuel, un véritable esprit de groupe s’est créé. Observer l’œuvre des autres, regarder comment ils s’y prennent et écouter les conseils que Jean-Marc leur prodigue stimule notre propre création et favorise la découverte de l’autre.

 
Les choix que chacun prend face à un bloc de terre, les formes que nous décidons de créer et le résultat sculptural des uns et des autres encouragent les relations entre les habitants d’un même quartier par la découverte de la créativité et de l’univers personnel de chacun des participants qui viennent d’horizons différents.

 
La flexibilité des horaires a donné une âme au groupe et chacun s’est engagé corps et âme dans la créativité et le façonnage de la terre.

 

La mixité des origines, des passions, des caractères et des lieux d’habitation des participants a fondé un groupe hétérogène et pourtant soudé autour d’une même pratique artistique : LA SCULPTURE.

©Mathilde


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